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mardi 23 juin 2009

Areva-Nucléaire-Niger

Le gouvernement français veut "mater" la rébellion touareg

Le groupe nucléaire français Areva et l'un de ses cadres dirigeants étaient poursuivis mardi 23 juin devant le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la discrimination contre les Touareg du Niger.

Le directeur de la protection du patrimoine et des personnes à Areva, l'ancien amiral Thierry d'Arbonneau, est accusé d'avoir appelé le gouvernement français à aider le Niger à "mater" la rébellion touareg, le 21 octobre 2008. Ses propos avaient été rapportés par l'hebdomadaire Le Canard enchaîné du 5 novembre 2008.

Il était cité à comparaître, ainsi qu'Areva en tant que personne morale, par l'association Alhak-en-Akal, défendant la société civile touareg du Niger, ainsi que par l'association allemande Menschenrechte 3 000 EV. Le jugement de la 17e chambre correctionnelle sera rendu le 15 septembre.

Numéro un mondial du nucléaire civil et premier employeur privé du Niger, Areva exploite dans ce pays plusieurs gisements d'uranium. Depuis début 2007, les autorités du Niger, troisième producteur mondial d'uranium, sont confrontées aux actions de la rébellion touareg qui réclame une plus grande part pour les populations locales des bénéfices tirés de cette exploitation.

lundi 8 juin 2009

Omar Bongo Odimba serait mort dimanche 7 juin 2009

Démenti de Libreville!
Après 41 années passées à la tête du Gabon, Omar Bongo serait mort dimanche 7 juin 2009, à 73 ans, d'un cancer, a indiqué au Point une source proche de son entourage. Libreville a toutefois démenti cette information en fin de soirée. Après avoir suspendu ses pouvoirs à Libreville le 6 mai, le plus ancien chef d'Etat africain avait été admis dans une clinique de Barcelone. Sa carrière et ses liens incestueux avec la France, avec l'INA.

(De nos archives) Mémoire vivante de la Ve République, Omar Bongo a bien connu tous les présidents français, de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy. Le Président du Gabon a d'ailleurs donné sa propre définition des relations franco-africaines : "L'Afrique sans la France, c'est la voiture sans le chauffeur. La France sans l'Afrique, c'est une voiture sans carburant.

Le général de Gaulle reçoit Omar Bongo à l'Elysée en janvier 1968, soit quelques semaines après l'accession au pouvoir de ce dernier. Dans "Affaires africaines" (Fayard, 1983), Pierre Péan a levé le voile sur une investiture largement organisée par la France. Après l'indépendance du Gabon, le 17 août 1960, Paris soutient le Président Léon M'Ba qui, à défaut d'être un impeccable démocrate, est proche des autorités françaises.

A sa mort, en 1967, Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" de l'Elysée, opte pour son directeur de cabinet, un ancien sous-officier de l'armée française, Albert-Bernard Bongo. Quelques élections opaques plus tard, le jeune Bongo (32 ans) devient maître du Gabon. Il fonde alors le parti unique PDG (Parti démocratique gabonais). (Sur la vidéo, le 5 janvier 1968.)

Le président Pompidou reçoit Bongo à l'Elysée. Jacques Foccart dessine toujours les grandes lignes de la politique africaine. En 1973, Albert-Bernard Bongo se convertit à l'islam et devient Omar Bongo. Cette conversion l'aide à adhérer à l'Opep en 1974. (Sur la vidéo, le 6 juillet 1970.)

Avec Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée, un nouveau style s'impose, mais pas de réforme en matière de politique africaine. Giscard tient son Foccart en la personne de René Journiac, ancien magistrat colonial. Les prospections de pétrole d'Elf débutent sous VGE. En 1977, André Tarallo devient PDG d'Elf Gabon : en 2005, il est condamné à sept ans de prison et deux millions d'euros d'amende pour abus de biens sociaux au détriment du groupe pétrolier. (Sur la vidéo, le 28 juillet 1977.)

1984 : Omar Bongo est reçu en grande pompe par François Mitterrand. En 1994, le Président gabonais qualifiera le chef d'Etat français de "Mitterrand l'africain, le combatif et le fidèle". Venant d'Omar Bongo, le compliment a de la saveur.

Dans son ouvrage d'entretiens avec Airy Routier, du Nouvel Obs, Bongo avait balancé ses amis français : "Giscard n'a pas été le seul à recevoir en cadeau des plaquettes de diamants de Bokassa : beaucoup d'autres en ont reçues, y compris des hommes politiques français importants, qui, à l'époque, se sont fait tout petits."

Ne donnant pas de noms, Bongo s'est contenté de préciser qu'il a aidé ses amis mais n'a, en aucun cas, "aidé tel parti contre un autre". Pierre Péan raconte dans "Affaires africaines", sans avoir jamais été démenti, comment Bongo a participé au financement de la campagne du PS en 1981, histoire d'être sûr de gagner, quel que soit le vainqueur… (Sur la vidéo le 4 octobre 1984.)

1996 : Jacques Chirac se rend à Libreville. En France, l'affaire Elf défraye la chronique politico-mondaine. Omar Bongo, dans cette interview, répond que l'affaire est "franco-française" et qu'il demandera des "comptes" si l'argent du Gabon a été pillé. Plus de 2 milliards de francs ont été détournés des caisse du groupe pétrolier par ses dirigeants à la fin des années 80. Nerf de la guerre de toutes les transactions occultes, la Fiba (French International Bank of Africa) appartenait à Elf, à la famille Bongo et à l'Etat congolais. (Sur la vidéo, le 16 juillet 1996.)


dimanche 17 mai 2009

Bolloré Mène l'Afrique en Bateau...

Avec le soutien de : Agir ici pour un monde solidaire, AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs), Les Amis de la Terre, ATTAC (Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens), le CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), Étudiants et Développement, Greenpeace France, Ritimo (Réseau d’information tiers monde), Robin des Bois.

La constitution de l’empire Bolloré

La stratégie africaine de Vincent Bolloré et de son groupe est simple : elle consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, lui permet de racheter le maximum d’infrastructures de transport et d’élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme…). La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises. Compte tenu du fonctionnement économique et politique de nombreux pays d’Afrique francophone, si l’on se donne la peine d’aller y commercer et investir, c’est qu’on y escompte plus de passe-droits et de profits qu’en France.

Le groupe Bolloré et ses liens politico-financiers

Vincent Bolloré récupère l’entreprise familiale de papier à cigarettes et décide d’en faire une entreprise d’envergure internationale. Il se diversifie et rachète un certain nombre d’entreprises et de groupes. Il est aidé en cela par son ami Antoine Bernheim, l’un des grands financiers français. Sa méthode consiste à s’introduire dans un groupe et à viser le pourcentage de participation qui permet d’en verrouiller le capital. Il a ainsi commencé par acquérir 11,5 % des actions de la holding Rue Impériale de Lyon, qui contrôle les trois banques Lazard de Paris, Londres et New York, jusqu’à en posséder 30 % en juillet 2000. Parmi ses partenaires ou amis, on trouve entre autres Claude Bébéar, patron de l’assurance AXA, président du club « Entreprise et cité », et François David, président de la Coface qui instruit les garanties d’investissement public. Les acquisitions majeures du groupe Bolloré, celles qui lui ont permis de constituer un groupe puissant, sont : le contrôle du groupe SDV (Scac Delmas Vieljeux) grâce au rachat des 17 % que possédait AXA ; la reprise en 1996 du groupe Saga de son ami Pierre Aïm, alors n° 2 de la manutention portuaire en Afrique ; le contrôle du groupe Rivaud, une nébuleuse qui comprend la célèbre « banque du RPR » et un gros porte-feuille de plantations tropicales ; le rachat à l’ex-monopole français du tabac (la Seita) d’une participation faisant de Bolloré le numéro un de la cigarette en de nombreux pays d’Afrique.

Bolloré en Afrique

C’est un groupe résolument tourné vers l’Afrique. Comme le dit son président, « ce qui fait la spécificité de notre groupe, c’est son implantation en Afrique ». Il y compte pas moins de 70 sociétés, implantées dans 35 pays (21 francophones et 14 anglophones). Il emploie 15 000 personnes (parmi lesquelles 250 expatriés) dans le transport et la logistique, et 3 000 dans la branche tabac (en 1997). Dans les principaux pays où Bolloré est présent, on retrouve le même schéma d’implantation : des usines de cigarettes et parfois la culture du tabac, comme en Côte d’Ivoire, le contrôle des transports (le chemin de fer, la manutention portuaire, les activités de transit et les navires), les plantations (hévéa, caoutchouc, huile de palme, banane, coton et cacao) ; à quoi s’ajoute l’exploitation forestière en Afrique centrale.

Ce schéma est fortement présent dans les pays suivants : la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Togo, le Bénin, le Congo-Brazzaville, le Nigéria, l’Afrique du Sud, l’Angola. Par ailleurs, le groupe Bolloré s’étend de plus en plus vers l’Afrique de l’Est avec le Kenya, Madagascar et l’île de la Réunion, où il assure la moitié du trafic maritime.

Bolloré mène l’Afrique en bateau

Une stratégie de monopole

En étendant sa présence dans différents secteurs du transport et de la production (avec les cultures de rente et le tabac), le groupe Bolloré se retrouve dans certains pays en position de quasi monopole voire de monopole. Situation qu’aucun pays occidental (la France, les États membres de l’Union européenne ou les États-Unis) n’accepterait sur son propre territoire.

Le cas du transport est un exemple particulièrement flagrant. Adossé au réseau international maritime et terrestre de la SDV dont il est propriétaire depuis 1996, et de la société OTAL, le groupe Bolloré possède le plus important réseau de transit et de logistique maritime et terrestre du continent. Trois sous-secteurs sont concernés :
- le transit par l’intermédiaire de la Scac (SDV), premier transitaire maritime et aérien français, qui a une implantation mondiale,
- le transport maritime grâce à Delmas-Vieljeux, premier armateur privé français ; leader mondial sur l’axe Nord-Sud, il exploite plus de 50 navires sous pavillons de complaisance, immatriculés aux Bahamas ou aux Kerguelen. Ils sont affrétés par la société SDV de Bolloré qui emploie essentiellement des marins, sous-payés, des pays du Sud,
- la division terrestre internationale (DIT) qui, sous l’impulsion d’Etienne Giros, directeur général chargé des finances, coordonne pour SDV toutes les implantations terrestres (nombreuses et variées) du groupe Bolloré en Afrique. Elles touchent essentiellement à des activités complémentaires du transport maritime, permettant d’offrir aux clients du groupe ce que Vincent Bolloré appelle « un service de transport intégré, de bout en bout, de la sortie de l’usine jusqu’à la porte de l’utilisateur final ». Dans le transport maritime Europe-Afrique, Bolloré est en position de quasi monopole. Le seul concurrent sérieux dans ce secteur, le danois Maersk Lines, travaille surtout en Afrique australe.

Pour être totalement maître de la chaîne de transport, Bolloré étend sa présence sur deux autres fronts : le chemin de fer et les ports. En Côte d’Ivoire, Bolloré est en position de monopole grâce à la société Sitarail. Fin 1998, il remporte l’exploitation du chemin de fer camerounais, la Regifercam, indispensable pour conforter les contrats emportés par le groupe dans le transport et la logistique des installations pétrolières au Tchad.

A l’été 1998, Pierre Aïm crée la société Rail Afrique International avec comme associés Bolloré (à hauteur de 25 %) et Elie Khalil (porteur de 75 % du capital). Le but est de se positionner pour la reprise du CFCO (Chemin de Fer Congo Océan). Le 15 juin 1998, un accord de gré à gré est passé pour deux ans entre RAIL et le CFCO. Selon les termes de cet accord, RAIL met à la disposition du CFCO une enveloppe de 4 milliards de FCFA pour les travaux de la voie ferrée, l’achat de pièces détachées, la réhabilitation des locomotives et un programme d’assistance technique. Si cet accord ne remet pas en cause la privatisation (mise en concession) du CFCO par appel d’offres international, sous contrôle de la Banque mondiale, il représentait une sérieuse option sur l’avenir de la chaîne de transport congolais.

À terme, la stratégie de Bolloré est d’intégrer davantage son activité en contrôlant en plus des bateaux, du transport et du stockage, les activités portuaires. Pour cela il cherche à se retrouver en pole position dans les ports de Pointe-Noire (seul port en eau profonde de la région), d’Owendo-Libreville, de Port Gentil, de Douala (où il assure les travaux de dragage du chenal d’accès au port ), en remontant jusqu’au port de Dakar. Sans oublier au Cameroun le port de Campo attaché à sa société HFC/Forestière de Campo, et le stockage via la Société d’Exploitation des Parcs à Bois du Cameroun (SEPBC). En 1997, Bolloré a pris une participation minoritaire au sein de la Société de dragage des Côtes d’Afrique (SDCA), qu’il a entièrement acquise depuis.

Enfin n’oublions pas le « coup magistral » qui a permis au groupe Bolloré de verrouiller une bonne partie du réseau de chemin de fer d’Afrique australe : le rachat en juillet 1999 à la CMB (Compagnie maritime belge) de son réseau de transport terrestre (chemins de fer et routes) en Angola, Mozambique, Zambie, Malawi, Botswana, Afrique du Sud.

L’IMPLANTATION DU GROUPE BOLLORE

- Activités Industrielles (cigarettes et contrôle d’accès, films plastiques)

Pays : Bénin, Burkina Faso, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée-Conakry, Madagascar, Centrafrique, Sénégal, Tchad

- Transport (terrestre, ferré et maritime ; logistique)

Pays : Afrique du sud, Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Côte d’Ivoire,Djibouti, Egypte, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Kenya, Libéria, Libye, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, Centrafrique, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Tunisie, Zimbabwe

- Plantations (hévéa, caoutchouc, cacao, huile de palme, coton, banane)

Pays : Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Kenya, Libéria, Nigeria

Source : http://www.bollore.com

Bolloré et les dictatures d’Afrique

Le cas du Congo-Brazzaville

Le Congo-Brazzaville est le théâtre d’une guerre civile marquée en octobre 1997 par la victoire et le retour du général Denis Sassou Nguesso (Sassou II). Malgré le rejet des électeurs congolais, Sassou se retrouve à nouveau au pouvoir grâce à une alliance de soldats et miliciens recrutés sur critère ethnique, de forces étrangères (Angolais, Tchadiens, la garde présidentielle zaïroise et l’ex-armée rwandaise), et de mercenaires, notamment français. Quant aux relations économiques, au moment où son isolement aurait dû rester total, Sassou les trouvera essentiellement, en dehors de la société Elf, auprès de Pierre Aïm et de Michel Roussin, respectivement « poisson pilote » et « Monsieur Afrique » du groupe Bolloré.

Sassou laisse s’instaurer la terreur, perpétrée par ses miliciens, auprès des populations originaires du sud du pays. Tout au long de l’année 1998 se multiplient les exactions : des villes et des villages sont bombardés, des habitations incendiées, des civils tués. Une partie de la population doit s’enfuir dans les forêts et les grottes avoisinantes. L’année 1999 verra jusqu’à 500 000 civils fugitifs ; une part non négligeable est morte de faim et de maladie dans la forêt. Le pouvoir congolais, avec l’aide de ses alliés, se lance dans une « reconquête » féroce du sud de la capitale et du pays. On assiste à un déchaînement de violences à l’encontre des populations. D’après une mission de l’ONU, en avril 1999, les villes de Nkayi et Dolisie ont été les cibles d’un nettoyage ethnique. Massacres et mise en fuite des habitants ont eu pour résultat de faire passer la population de 120 000 à 3 500 personnes. Entre décembre 1998 et décembre 1999, il y a eu probablement plus de morts au Congo-Brazzaville que dans les conflits du Kosovo, du Timor oriental et de Tchétchénie réunis.

Bolloré n’a pas seulement été le partenaire commercial de Sassou, il a profité de l’isolement international d’un régime criminel pour accroître des positions rentières au coeur de l’économie congolaise. Cette attitude néfaste du groupe Bolloré et de son représentant local à Brazzaville, Pierre Aïm, a conforté le dictateur Sassou dans la guerre ethnique entreprise contre la majorité de la population du pays.

Avec le rachat du groupe de transport Saga de Pierre Aïm, Bolloré s’est ouvert un portefeuille de contacts avec les dictateurs africains les moins fréquentables dont le Congolais Sassou Nguesso et le Tchadien Idriss Déby. Il renforce aussi ses liens avec le monde des services secrets. Il recourt aux compétences de Jean Heinrich (ex-patron fort courtisé de la Direction générale des renseignements militaires), et s’associe très étroitement à Michel Roussin, haut retraité de la DGSE et ancien ministre français de la Coopération.

Pierre Aïm, « éclaireur » de Bolloré, est en affaires à haut niveau avec une bonne partie de la coalition pro-Sassou. Il n’ignore pas la voie des armes : sa société Saga était accréditée Défense. Elle participait au transport du matériel militaire vers les bases françaises en Afrique.

Cet investissement forcené au Congo-Brazzaville est lié au sort des armes. Dès lors, on ne peut passer sous silence l’assertion de La Lettre du Continent (15/07/1999) selon laquelle « Le projet ADES (aide et sécurité) intéresserait le groupe Bolloré pour la sécurisation du CFCO (Chemin de fer Congo-Océan) ».

Bolloré, Aïm et le clan Nguesso multiplient les montages financiers dans les domaines de la logistique et du transport. Le soutien au régime Sassou II se traduit par le développement d’entreprises où l’on place des membres de la famille du dictateur.

Fin 1998, à l’initiative de Pierre Aïm, une société de droit luxembourgeois est remise en activité : la Société Congolaise de Transport Maritime (SCTM). Par les arrêtés n° 98-11 et 98-12, l’État congolais s’est arrangé pour concéder à cette société privée dirigée par le neveu de Sassou, Willy Nguesso, 40 % des droits du trafic maritime. Ce qui peut représenter jusqu’à 100 000 $ par jour vu le fort tonnage d’enlèvements pétroliers, et permet ainsi de donner le maximum de garanties aux préfinancements nécessaires pour l’achat de matériels destinés à la poursuite de la guerre.

Enfin le même type de manœuvres est réalisé avec la société RAIL dont Pierre Aïm est président, et par laquelle Bolloré a acquis le quasi-monopole de l’infrastructure congolaise en matière de transport et de stockage, de Pointe-Noire à Brazzaville.

Bolloré : l’arbre qui gâche la forêt

La participation à la surexploitation des forêts

Aux confins du Cameroun, de la République centrafricaine, du Congo-Brazzaville et du Gabon, subsiste la forêt guinéo-congolaise, l’une des forêts équatoriales les plus précieuses, un écosystème unique par sa biodiversité. Des communautés locales (pygmées et bantoues) en vivent. La région doit être protégée d’une exploitation non discriminée.

Bolloré, en rachetant le groupe Rivaud, a acquis notamment deux grandes sociétés forestières au Cameroun : la Sibaf à la frontière du Congo-Brazzaville (dont le site pittoresque a l’immense privilège de recevoir l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, pour ses parties de chasse en forêt), et la Société HFC/Forestière de Campo, dans la province de l’Océan, à la frontière de la Guinée Equatoriale.

Au Cameroun, l’exploitation de la forêt est désas-treuse : la forêt littorale est quasiment épuisée, les routes fractionnent la forêt primaire, aucune essence coupée n’est replantée et l’exploitation vers l’est du Cameroun s’effectue maintenant à plus de 1 000 kilomètres de la côte. Si cette tendance ne s’inverse pas, toute la forêt primaire aura disparu dans une échéance de 5 à 10 ans. Ceci pousse les exploitants forestiers vers le Congo-Brazzaville et le Centrafrique.

Prenons l’exemple de la société HFC/Forestière de Campo. Elle exerce ses activités dans une réserve de 237 000 hectares. Elle en a déjà exploité 137 000. Le groupe Bolloré y possède :
- deux scieries dont une spécialisée dans les traverses de chemin de fer,
- le port de Campo, un port privé où viennent charger les bateaux de Delmas (filiale de Bolloré),
- sur le fleuve Ntem, frontière entre le Cameroun et la Guinée Equatoriale, se trouve l’île de Dipikar, classée au Patrimoine mondial par l’UNESCO, ce qui n’a pas empêché le groupe Bolloré d’opérer des coupes de bois jusqu’à ce que les pressions de la Banque mondiale (en particulier sur le gouvernement camerounais) fassent cesser ces activités.

La présence du groupe Bolloré au sein de la Forestière de Campo, et ses méthodes de gestion, posent des problèmes d’ordre écologique, social et culturel.

Au niveau écologique, l’écosystème est loin d’être préservé. Il s’agit d’une exploitation intensive de quelques essences recherchées sur le marché international. Les conséquences des coupes de bois sur le renouvellement de la faune et de la flore sont désastreuses.

Au niveau social, on constate que l’exploitation des forêts oblige à des déplacements de populations. Leur sécurité alimentaire est compromise par la coupe d’essences comme le moabi (Bailonnella toxisperma) dont les fruits fournissent la seule huile alimentaire disponible en forêt. Ajouté au braconnage à grande échelle qui compro- met la chasse vivrière, ce type d’exploitation forestière (qui supprime les plantations vivrières traditionnelles) pousse les populations locales à une dépendance envers les aliments importés (riz, poulet…).

Des essences utiles à la pharmacopée (comme l’Iroko, Chlorophora excelsa) sont surexploitées. Enfin le développement de la prostitution, de maladies comme le sida, l’introduction de l’alcool distillé, sont des conséquences indirectes de l’activité forestière telle qu’elle est pratiquée.

Des accords ont été passés avec les villages riverains de la Forestière. Ils n’ont jamais été respectés, notamment à cause des passe-droits obtenus d’un gouvernement et d’une administration particulièrement corrompus. Ainsi « l’attribution récente de nombreuses concessions et de ventes de coupe a été faite en violation de la réglementation et en contradiction avec les projets financés par les bailleurs de fonds. La concession accordée à la HFC/Forestière de Campo, filiale du groupe Bolloré dans la réserve de Campo, gérée par le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) et l’aide bilatérale néerlandaise, en est un exemple ».

La société HFC/Forestière de Campo refuse aux villageois l’accès aux dépôts de déchets de bois. Il n’y a aucune politique de valorisation des déchets : ceux-ci brûlent en permanence avec dans le même tas les bidons en plastique de pesticides utilisés pour le traitement du bois.

Enfin on note l’existence de conflits entre populations et exploitants, car certaines essences commercialisées ont une valeur culturelle : comme le Bubinga (Guibourtia demensis), arbre qui attire les abeilles (important pour la récolte de miel) et au pied duquel les villageois viennent régler leurs conflits. Malheureusement pour les villageois, ce bois a aussi une très grande valeur commerciale.

L’absence de gestion rationnelle et respectueuse de l’environnement, de la Forestière de Campo par le groupe Bolloré a donc des conséquences dramatiques sur les forêts (la faune et la flore), mais également sur la population. Des infractions ont d’ailleurs été relevées récemment sur la société Sibaf (la seconde société forestière au Cameroun appartenant au groupe de Bolloré). Le groupe Bolloré a été condamné à une amende de 60 000 FF.

Pour approfondir les questions abordées, vous pouvez vous référer au :

- Dossier noir n° 14, Le silence de la forêt. Réseaux, mafias et filière bois au Cameroun.
- Dossier noir n°15, préparé par Pierre Caminade, Bolloré : Monopoles services compris. Tentacules africaines.

http://survie.org

vendredi 15 mai 2009

CAMEROUN
LE SCANDALE DES DISCRIMINATIONS DANS LES CONCOURS D’ENTREE A L’ECOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION ET DE MAGISTRATURE

Après avoir minutieusement analysé les résultats des admissibilités du concours de l’ENAM pour l’année académique 2008/2009 publiés dans le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, la Commission Indépendante contre la corruption et la discrimination attire l’attention nationale et internationale sur les graves conséquences à brève échéance, des discriminations pratiquées dans le recrutement et la formation des cadres de la fonction publique du pays. Ces agissements criminels durent depuis au moins deux décennies, et ont abouti à créer au Cameroun, la même situation qui avait entraîné le déclenchement du génocide au Rwanda.

Le pouvoir d’Etat, l’administration publique, les corps de sécurité, et même le corps judiciaire, sont presque déjà tenus par un seul groupe ethnique, pendant que d’autres groupes, particulièrement ceux de l’Ouest, sont exclus. Il existe dorénavant au Cameroun, une tribu de commandeurs et une autre tribu de commandés.

La Commission constate ainsi, que le Groupe tribal Béti, constitue presque 60% de tous les candidats admissibles au concours de l’ENAM, alors même qu’il est largement minoritaire en nombre de sujets dans le pays. Ce pourcentage est atteint, après une évolution savamment planifiée d’une année à l’autre, de 35% - 45% entre 1990 et 2000, à 50 – 60% entre 2000 et 2008.

Face à cette situation, la Commission a saisi les plus hautes autorités de l’Etat et de la République sans succès. Aucune réponse claire n’est parvenue à la Commission, et le Directeur Général de l’ENAM, n’a trouvé pour ultime alternative, que de saisir la police, pour demander implicitement, l’interpellation et des pressions contre les dirigeants de l’Organisation.

La Commission rappelle, que la pratique systématique et planifiée des discriminations, procède du crime contre l’humanité et de la violation d’une multitude de conventions internationales dont le Cameroun est signataire.

La Commission informe l’opinion nationale et internationale, qu’en guise d’ultime effort, elle a saisi l’organe gouvernementale des droits de l’Homme et des libertés d’une requête à toutes fins de droit d’une part, et exercé un recours gracieux auprès du ministère de la fonction publique d’autre part. Si aucune réponse satisfaisante n’est obtenue en retour, la Commission après avoir respecté les délais prescrits pas la loi, engagera les actions fortes ci-après :

1- Au plan national, la saisine de la Chambre administrative de la Cour suprême

2- Au plan international : la saisine du Haut commissariat de l’ONU pour les droits de l’Homme ; la saisine de la Cour Africaine des droits de l’Homme

3- La sensibilisation des principaux partenaires diplomatiques et économiques du Cameroun

4- La mobilisation internationale de la société civile

A toutes fins utiles, la Commission précise que ses différents rapports d’activité depuis 2003, montrent qu’elle a de façon régulière et constante, essayé vainement d’éveiller l’attention du Gouvernement camerounais sur les graves conséquences de sa politique planifiée de discrimination.